L'Europe maritime

L’Europe, un continent orienté vers la mer

Le littoral de l’Union Européenne (UE) s’étend sur 68.000 km, soit trois fois plus que celui des États- Unis et la surface combinée de la ZEE de l’UE est de 25 millions de kilomètres carrés, soit la 1re ZEE du monde. Près de la moitié de la population de l’Union vit à moins de 50 km de la mer et ces régions maritimes génèrent plus de 40 % du PIB de l’Europe. Enfin, selon le rapport “Blue Growth” paru en 2012, l’économie maritime de l’Union Européenne représente 5,4 millions d’emplois (7 millions en 2020) et une valeur ajoutée brute de près de 500 milliards d’euros par an. Toutefois, ces chiffres ne sont qu’indicatifs. 75 % du commerce extérieur de l’UE et plus de 37 % de son commerce intérieur sont transportés par mer ; tout ceci fait de l’Europe, un continent très orienté vers la mer.

Les politiques mises en oeuvre pour une Europe maritime

Une politique maritime et des politiques sectorielles 

La Politique Maritime Intégrée (PMI), instituée en 2007, vise à renforcer le développement durable de l’économie maritime européenne, en facilitant la coopération et la coordination multisectorielle de tous les acteurs maritimes. Pour cela, elle s’est enrichie du rapport « Blue Growth » qui identifie les leviers de croissance du secteur maritime européen et sert d’outil de réalisation des objectifs définis dans la stratégie Europe 2020 pour une croissance intelligente, durable et inclusive. La Croissance Bleue a identifié aussi bien les secteurs d’activités « traditionnelles » et les nouveaux secteurs qui serviront de véritables leviers de croissance : aquaculture, biotechnologies, EMR, deep sea mining et tourisme côtier. L’objectif est d’acquérir un leadership européen sur la croissance bleue. 

Cette PMI s’appuie également sur deux grandes directives qui ont pour but de protéger au mieux l’environnement marin (Directive cadre « Stratégie pour le milieu marin ») et d’organiser les activités qui se multiplient en mer (Directive « Planification stratégique maritime spatiale »). 

Plusieurs politiques sectorielles comprennent également un volet maritime important comme la refonte du Réseau Transeuropéen des Transports (RTE-T) pour créer de véritables corridors de transports au sein de l’Union Européenne reliant les façades maritimes et les ports à l’hinterland européen. Cette politique vise aussi bien à développer les infrastructures portuaires que les infrastructures terrestres (fleuve, rail et route), reconnaissant le rôle clé du shortsea intra-européen qui représente 70 % du transport maritime en Europe. 

L’avenir de la PMI et de l’économie maritime repose ainsi sur de nombreux acteurs institutionnels et privés, et sur la nécessité d’une harmonie entre toutes ces activités. 

Une Europe maritime d’acteurs mobilisés 

Les acteurs institutionnels 

La politique maritime européenne s’appuie sur un jeu entre de nombreux acteurs institutionnels au premier rang desquels la Commission européenne, avec le Commissaire européen aux Affaires maritimes et à la pêche et la DG Mare, mais aussi d’autres Commissaires et DG. De son côté, le Parlement européen, déjà reconnu avec la Commission Pêche, veut jouer un rôle déterminant dans la mise en oeuvre de la politique maritime et la reconnaissance de la Croissance Bleue avec la création de l’Intergroupe parlementaire « Mers, rivières, îles et zones côtières ». Fort de 83 Eurodéputés, cet Intergroupe se mobilise régulièrement pour aborder de manière spécifique et transversale tous les sujets qui la composent. Son secrétariat est assuré par la Conférence des Régions Périphériques Maritimes d’Europe (CRPM). Organe public indépendant des institutions communautaires, la CRPM permet quant à elle la mise en place d’une politique régionale européenne forte encadrant toutes les régions d’Europe, la mise en oeuvre d’une politique maritime intégrée contribuant d’avantage à la croissance économique européenne, ainsi que la prise en compte des besoins et des intérêts des RPM au sein de toutes les politiques ayant un impact territorial fort. 

Les acteurs privés 

Si l’Europe maritime est façonnée en premier lieu par des acteurs publics, les acteurs privés se sont également mobilisés et renforcent tant leur coopération que leurs actions pour affirmer le rôle et la place de la croissance bleue dans l’économie européenne. 

Ainsi, l’European Network of Maritime Clusters (ENMC) a pour ambition de constituer une voix européenne commune aux dix-sept clusters nationaux qui constituent tous ensemble une véritable carte d’identité de l’économie maritime

européenne. Ses deux grands objectifs sont à la fois la réalisation d’une étude sur les chiffres de cette économie, et le soutien des Institutions européennes pour la création d’un Cluster Maritime Européen qui pèserait dans les décisions et les politiques du secteur à Bruxelles. 

D’autre part, de nombreuses fédérations viennent défendre les intérêts des acteurs de leur secteur, au premier rang desquels Sea Europe. Née de la fusion entre l’Association des chantiers européens et l’Association des équipementiers européens, cette fédération se structure autour des dossiers clés pour le secteur de l’industrie navale, notamment la recherche et l’innovation, la formation et les financements. L’ECSA (European Community Shipowners’ Association) fédère quant à elle 25 associations d’armateurs des pays-membres de l’UE et défend les intérêts des armateurs européens dans le contexte du dialogue social-sectoriel. L’ESPO (European Sea Ports Organisation) regroupe toutes les autorités gestionnaires et administratives des ports maritimes européens, soit environ 800 ports, afin de leur assurer une représentation auprès des institutions et d’y défendre les intérêts des autorités portuaires européennes, ainsi que pour encourager leur mise en oeuvre proactive. 

Des projets pour l’avenir 

Tous ces acteurs se coordonnent au mieux dans le cadre de projets et d’initiatives qui dynamisent l’Europe maritime, grâce notamment aux financements européens. Outre les fonds structurels, les « Programmes-cadres pour la recherche et le développement technologiques », aussi appelés « Framework Programmes » (FP) financent la recherche et l’innovation en vue de soutenir la compétitivité de l’industrie européenne. Le 8e programme Horizon 2020 lancé en 2014 s’est ainsi substitué au dernier FP7 et sert d’appui aux différents secteurs, notamment maritimes, grâce à une couverture de 79 milliards d’euros. 

En lien avec ces dispositifs institutionnels, les entreprises et industries maritimes européennes ont lancé différentes initiatives. En premier lieu peut être mentionnée la stratégie LeaderSHIP 2020, adoptée en 2013, qui formule des recommandations aux court et moyen termes en faveur d’une croissance durable et d’emplois de qualité, tout en traitant les enjeux sociaux auxquels font face la construction de navires et l’industrie maritime. En second lieu, c’est le rôle de la plateforme technologique WaterBorne-TP, un forum regroupant tous les acteurs du secteur maritime. Son objectif est de définir et de partager une vision commune du monde de la mer grâce à l’implémentation d’un agenda de recherche stratégique afin de conduire l’effort d’innovation maritime nécessaire à l’économie européenne. 

Par ailleurs, et plus institutionnel, le JPI Oceans (Joint Programmation Initiative) est une initiative de programmation conjointe sur les océans regroupant 20 États membres et associés qui, grâce à un Agenda Stratégique de Recherche et d’Innovation et d’un plan de mise en oeuvre, génèrent des investissements dans les sciences marines couvrant l’ensemble des bassins maritimes européens. 

Cette initiative devrait être renforcée par un KIC Marine (Knowledge and Innovation Community) sous la tutelle de l’Institut Européen d’Innovation et de Technologie pour la création duquel les acteurs européens militent depuis 2010. L’objectif à long terme sera de favoriser la disponibilité d’informations fiables et de qualité afin de permettre l’émergence d’une base de données complète et financée grâce à des investissements publics européens. 

Ces projets et initiatives – liste non exhaustive – témoignent du dynamisme de l’Europe maritime à laquelle il faut ajouter de nombreux projets collaboratifs entre industries, laboratoires, clusters, plateformes de recherche, dans les secteurs maritimes notamment pour les EMR et les biotechnologies marines. La France a les atouts pour se placer en leader dans ce mouvement, à l’image de nombreuses entités membres du CMF très impliquées et actives dans la Croissance Bleue.